Coinbase contre Wall Street : qui écrira les prochaines règles du système financier américain ?
Coinbase contre Wall Street : qui écrira les prochaines règles du système financier américain ?
Tant que les cryptomonnaies restaient cantonnées au trading, aux NFT et à la spéculation (“number go up”), le choc avec la finance traditionnelle pouvait être présenté comme un débat idéologique : décentralisation contre gardiens de l’accès, réseaux ouverts contre canaux fermés.
Mais dès que la crypto touche sérieusement aux dépôts bancaires et aux paiements — le cœur même du modèle économique du système financier américain — le différend cesse d’être philosophique. Il devient profondément économique.
C’est pourquoi le PDG de Coinbase, Brian Armstrong, est de plus en plus perçu comme une menace directe pour les acteurs historiques. Dans un article du Wall Street Journal, il est décrit comme « l’ennemi public n°1 de Wall Street » — un signe que la question n’est plus « la crypto a-t-elle sa place ? », mais bien « qui contrôlera l’interface de l’argent des consommateurs ? » (The Wall Street Journal)
Cet article décode les véritables enjeux de cette bataille : comment les stablecoins et les paiements onchain ont redéfini le terrain, et ce que les utilisateurs de crypto doivent surveiller alors que Washington et Wall Street s’empressent de façonner la prochaine architecture financière.
1) Le vrai champ de bataille : dépôts, paiements et interface monétaire
Pendant des décennies, les banques américaines ont protégé deux piliers stratégiques :
- Les dépôts (source de financement bon marché)
- Les paiements (relation client fidèle et persistante)
Et désormais, les cryptomonnaies les menacent frontalement via les stablecoins — en particulier lorsque ces derniers commencent à ressembler à un compte courant amélioré :
- Transferts 24h/24, 7j/7
- Règlement quasi instantané
- Portée mondiale
- Programmabilité (intégration avec la DeFi)
- Et potentiellement du rendement
Ce n’est pas de la théorie. Coinbase promeut publiquement les récompenses en USDC comme un avantage utilisateur, actuellement présentées ainsi : « Gagnez 3,50 % d’intérêts illimités sur vos USDC » (sous conditions d’éligibilité). (Coinbase)
Pour une banque, cela ressemble fort à une offre de dépôt compétitive — mais sans les contraintes réglementaires, exigences de fonds propres ou frais d’infrastructure habituels.
Ainsi, lorsque l’“application crypto” se transforme en interface de paiement et d’épargne, la réaction de Wall Street est logique : défendre son pouvoir de fixation des règles qui garantissent son précarré sur les dépôts.
2) La stratégie Coinbase : accès régulés + infrastructure onchain
La trajectoire de Coinbase s’est construite en trois grandes étapes :
Phase A : Survivre à la régulation par la répression
Le tournant s’est produit lorsqu’en 2025, la SEC a abandonné son action civile contre Coinbase. (Communiqué de presse de la SEC)
Sans pour autant donner raison à Coinbase, cette décision marque un changement de cap : moins d’arbitrage judiciaire, plus de dialogue sur des cadres réglementaires clairs.
Phase B : Peser sur les nouvelles règles du jeu
En janvier 2025, la SEC a lancé une Crypto Task Force dédiée à l’élaboration de nouvelles règles, au-delà des sanctions. (Communiqué de la SEC)
Que l’on voie Coinbase comme un défenseur de l’innovation ou un lobbyiste stratégique, le fait est là : si la crypto devient une couche financière centrale, la plus grande plateforme américaine aura son mot à dire sur la réglementation.
Phase C : Intégrer la crypto aux usages quotidiens
La meilleure façon de rendre les stablecoins incontournables ? Les incorporer dans le commerce de tous les jours.
Exemple concret : le partenariat de Coinbase pour activer les paiements en USDC sur Base directement dans les boutiques Shopify. Résultat : les marchands acceptent les “dollars numériques” sans tout refaire de A à Z. (Annonce Coinbase)
C’est là le vrai enjeu du duel Coinbase vs. Wall Street : pas seulement une bataille réglementaire, mais un bras de fer sur la distribution produit — et sur qui possède la relation client dans un monde dominé par les stablecoins.
3) Washington a tranché : la loi GENIUS donne un statut officiel aux stablecoins
En 2025, un tournant majeur a été franchi au niveau fédéral : le président Trump a promulgué la loi GENIUS le 18 juillet 2025, instaurant un cadre légal pour les stablecoins de paiement. (La Maison Blanche, Fiche d'information)
Pour les utilisateurs, l’essentiel n’est pas le geste politique, mais le message :
- Les stablecoins ne sont plus des curiosités technologiques.
- Les États-Unis les reconnaissent maintenant comme un pilier stratégique de la finance moderne.
Pour comprendre les objectifs et les futures conséquences de cette loi (réserves, conditions d’émission, garde, faillite…), le résumé du Congressional Research Service reste la meilleure analyse neutre. (Congress.gov)
Pourquoi c’est crucial dans le conflit Coinbase vs. banques
Une fois les stablecoins légalisés et encadrés, la question devient :
qui pourra les distribuer, et selon quelles limites ?
C’est là que le débat sur les « récompenses en stablecoin », les rendements de type dépôt et les comportements assimilés à un compte bancaire explose — car cela remet directement en cause l’avantage compétitif historique des banques sur le financement.
4) Wall Street ne fait pas que résister — elle s’adapte aussi
Il serait réducteur de penser que « les banques détestent la crypto, mais elle va gagner quand même ».
La réalité est plus subtile :
- Les banques veulent bénéficier de la technologie blockchain
- Mais elles refusent d’en perdre le contrôle sur les dépôts et la distribution
Deux signaux récents l’illustrent :
Signal A : Les stablecoins entrent dans les circuits de règlement classiques
En décembre 2025, Visa a annoncé introduire le règlement en USDC aux États-Unis, permettant à certains partenaires de régler directement en stablecoin tout en gardant l’expérience utilisateur intacte. (Visa)
Traduction : même les géants historiques migrent vers des rails blockchain si cela améliore la vitesse et la résilience des opérations.
Signal B : La tokenisation des titres entre dans les infrastructures régulées
En décembre 2025, la DTCC a annoncé que sa filiale DTC avait obtenu une lettre de non-intervention de la SEC pour lancer un service de tokenisation sécurisé pour certains actifs déposés chez elle, avec un lancement prévu au second semestre 2026. (DTCC)
Ce n’est pas la DeFi qui remplace la finance traditionnelle.
C’est la TradFi qui intègre les mécanismes onchain… mais sous gouvernance TradFi.
Le rappel mesuré des régulateurs
En parallèle, des institutions comme la BIS mettent en garde : sans réglementation rigoureuse, les stablecoins ne sauraient constituer une base monétaire fiable — que ce soit sur le plan de l’intégrité ou de la souveraineté. (BIS)
L’objectif final de Wall Street n’est donc pas nécessairement de stopper les stablecoins, mais de les adapter pour qu’ils restent sous contrôle des structures existantes.
5) Qui décide la suite : Coinbase, Wall Street ou les régulateurs ?
Dans les faits, ce sont trois forces qui coécrivent la prochaine étape :
1) Les régulateurs (et leur coordination)
Depuis longtemps, l’un des grands obstacles est l’ambiguïté des juridictions : qu’est-ce qu’un titre financier ? une matière première ? qui fixe la feuille de route ?
En janvier 2026, la SEC et la CFTC ont annoncé un événement public commun sur l’harmonisation réglementaire, visant à consolider la place des États-Unis dans la finance crypto. (SEC, CFTC)
2) Le Congrès (dans ce qu’il autorise ou restreint)
Même après la légalisation des stablecoins, des points cruciaux restent flous :
les plateformes crypto auront-elles le droit d’offrir des services assimilés à des dépôts ? Comment la garde sera-t-elle encadrée ? Quels actifs relèvent de quelles lois ?
3) Les utilisateurs (par leurs choix, pas leurs discours)
En fin de compte, si les consommateurs préfèrent stocker leurs dollars en stablecoins — pour la rapidité, l’accessibilité globale et une meilleure ergonomie — le marché forcera les institutions à s’adapter.
À l’inverse, si les utilisateurs manquent de confiance ou trouvent l’expérience trop risquée, Wall Street triomphera par inertie.
6) Ce qui préoccupe vraiment les utilisateurs crypto (et ce qu’il faut suivre)
Le duel entre Coinbase et Wall Street importe car il préfigure nos usages quotidiens :
A) Les rendements en stablecoins seront-ils assimilés à des intérêts bancaires ?
Si la loi décide que ces récompenses équivalent à des intérêts :
- Des obligations renforcées pèseront sur les émetteurs/distributeurs
- Le marketing et les mécanismes de paiement seront strictement encadrés
- La conformité sera plus contraignante
B) Les stablecoins deviendront-ils plus restreints ?
Avec la montée de la régulation, de plus en plus de stablecoins pourraient intégrer :
- Des fonctions de gel ou saisie sur ordre judiciaire
- Des contrôles rigoureux sur les adresses
- Des exigences de vérification renforcées
Cela renforcera la protection des consommateurs, mais affaiblira la résistance à la censure.
C) Les paiements onchain vont-ils “se fondre dans le décor” ?
Probablement, oui. L’expérience gagnante du futur ne ressemblera pas à “la crypto”, mais à :
- Un règlement en arrière-plan, via blockchain
- Une interface utilisateur familière, fluide
- Des couches de conformité invisibles mais présentes
En tant qu’utilisateur, la vraie question devient :
quelles clés vous gardez en propre, quelles sommes vous laissez sur des plateformes… et comment vous gérez le risque.
7) L’essentiel à retenir : l’auto-garde reste cruciale dans l’ère des stablecoins régulés
À mesure que les stablecoins et actifs tokenisés sont absorbés par la finance traditionnelle, un paradoxe apparaît :
- Les rails deviennent plus rapides, plus onchain
- Mais les points de contrôle (garde, conformité, distribution) se centralisent à nouveau
C’est pourquoi l’auto-garde (self-custody) reste un levier fondamental : non plus comme un idéal crypto, mais comme un outil concret de gestion des risques.
Un portefeuille physique comme OneKey permet de stocker les clés privées hors ligne — sécurisant ainsi les actifs long terme avec une solidité bien supérieure à un accès basé sur un simple login.
Dans un monde où les stablecoins ressemblent de plus en plus à des produits financiers régulés, séparer ses soldes de paiement (applications, plateformes) de sa garde personnelle (clés privées) devient un modèle d’usage plus rationnel.
Conclusion : Ce n’est pas crypto contre banques — c’est une lutte pour l’interface monétaire par défaut
Le système financier américain entre dans une phase de refonte profonde :
- Les stablecoins sont de plus en plus régulés
- Les rails de paiement migrent vers le onchain
- Les titres financiers explorent la tokenisation
- Les régulateurs œuvrent à une coordination renforcée
Coinbase cherche à devenir l’interface grand public de cette finance du futur.
Wall Street veut s'assurer que cette finance continue de transiter par ses propres canaux.
Le vainqueur sera celui qui saura aligner réglementation, distribution… et confiance.
Et tout dépendra de cette question centrale :
les utilisateurs verront-ils les stablecoins comme un simple outil d’investissement…
ou comme la nouvelle forme native du dollar numérique ?



